ENMI 2024
Vincent Puig, Olivier Landau & Franck Cormerais (dir.)
Ces dix-huitièmes Entretiens du Nouveau Monde Industriel explorent la relation entre l'écologie et l'industrie. La transition du « capitalisme vert » repose sur une promesse illusoire : résoudre par une nouvelle technique ce qui aura été détérioré par la précédente. Se confronter à la polycrise écologique (climat, cycles de l'eau, ressources, biodiversité) contribue à une bifurcation majeure ouvrant la voie à une véritable renaissance industrielle.
Les fablabs, les usines distribuées, les circuits courts, l'économie circulaire, les projets low-tech et les coopératives numériques contribuent à une dynamique d'innovation ancrée dans la protection des écosystèmes. Partir de la richesse et de la diversité de ces expériences locales permet de mieux comprendre les enjeux, les tensions et proposer de nouvelles approches industrielles.
Contre une civilisation mal-technicienne, comment imaginer une industrie réellement écoresponsable et sobre, plus ouverte à de nouvelles formes de savoirs, savoir-faire et savoir-vivre ? Prendre soin des écosystèmes industriels pour prendre réellement soin de la Terre.
Les Entretiens du Nouveau Monde Industriel ont été fondés par Bernard Stiegler. Depuis 2007, l'IRI (Institut de recherche et d'innovation du Centre Pompidou) et ses partenaires organisent chaque année une manifestation pour développer un point de vue critique sur les mutations du monde industriel, au-delà de la fable du monde « postindustriel ».
Ces entretiens proposent, à la suite de Bernard Stiegler, une analyse organologique et pharmacologique des innovations les plus récentes. Les ENMI ouvrent un espace de réflexion théorique et prospective tout en s'appuyant sur des expérimentations industrielles et sociales localisées dans les territoires. Il s'agit de mobiliser ensemble le politique, les chercheurs, les entreprises, les designers et les artistes.
Nous sommes inexorablement entraînés dans une nouvelle course à la croissance du recours au calcul qui produit une civilisation non pas trop technicienne mais mal-technicienne selon l'expression du philosophe Gilbert Simondon. Comment, dès lors, repenser une industrie non seulement écoresponsable et sobre, voir ouverte à des renoncements positifs mais aussi plus ouverte à de nouvelles formes de savoirs, savoir-faire et savoir-vivre ? Quelles analogies et perspectives croisées pouvons-nous tisser entre le soin de la Terre et le soin de nos écosystèmes industriels ?
Vincent Puig, p. 17
Pour orienter dans un sens positif la renaissance industrielle et donner du sens aux dynamiques aveugles de « l'innovation pour l'innovation » qui ont remplacé la vieille idée de progrès, il faut retrouver une boussole. Celle-ci ne peut être que la confrontation avec la polycrise écologique (climat, cycles de l'eau, ressources, biodiversité). Pourquoi ? D'abord, parce qu'il s'agit d'un enjeu existentiel. Mais aussi parce que les crises environnementales ne sont pas des accidents techniques qu'on pourrait réparer techniquement, mais touchent au coeur de la construction de notre modernité : inventer une voie industrielle qui s'attaque frontalement au défi écologique revient donc à tester la possibilité d'un autre monde « techno-industriel », qui ne soit ni la revitalisation fantasmée d'un passé révolu ni la prolongation béatement optimiste du programme moderniste.
Pierre Veltz, p. 44