Politique des machines
par Fred Turner
The Texas ideology
The Baffler, à paraître 2026
Machine politics
Harper's Magazine, janvier 2019.
The Californian Ideology
in Richard Barbrook, The Internet Revolution, Institute of Network Culture, octobre 2015.
Trois textes essentiels et inédits en France. « L'idéologie texane » et « Politique des machines » de Fred Turner, et le texte de référence « L'idéologie californienne » de Richard Barbrook & Andy Cameron (1995).
La Californie, berceau utopique de l'Internet, a longtemps représenté un horizon de bien-être et de contre-culture. Aujourd'hui, l'usage intensif des précieuses ressources intellectuelles et émotionnelles que nous déposons sur les réseaux est la nouvelle source de richesse. L'extractivisme numérique a besoin d'immenses datacenters énergivores et d'une politique complaisante. Et c'est au Texas, État façonné par les magnats du pétrole, qu'il les trouve. Un territoire conservateur, aux valeurs masculines et fondamentalistes. Fred Turner analyse ce contraste avec son regard brillant et acéré.
Ces dernières années, de nombreuses entreprises des nouvelles technologies, notamment dans les secteurs du numérique et du spatial, ont quitté la Californie pour une ruée vers le Texas. Que nous dit cette migration de l'économie numérique ? Et que nous dit-elle du Texas ?
Pour comprendre ce passage à l'idéologie texane qui constitue une rupture au regard de l'idéologie californienne, il convient de remonter dans le temps. Le pamphlet rédigé en 1995 par Richard Barbrook et Andy Cameron et intitulé « L'idéologie californienne », troisième article de ce recueil, remplit cet office.
L'article de Fred Turner « Politique des machines », qui est paru en 2019 dans le magazine grand public Harper's Magazine propose une vision globale pour comprendre le passage des médias de masse aux médias individualisés ; il démonte les mythes d'une démocratie du spectacle, dans laquelle la scénarisation des émotions et le dévoilement de soi remplacent ou recouvrent les projets politiques, dissimulant les réelles difficultés à concevoir collectivement un monde démocratique. Cet article, écrit au cours du premier mandat de Donald Trump, reste d'une actualité profonde.
Fred Turner est professeur en sciences de la communication à l'université Stanford. Il tient la chaire Harry et Norman Chandler dans le département de communication, et enseigne au département d'histoire ainsi qu'au département d'art et d'histoire de l'art de la même université. Après avoir exercé le métier de journaliste à Boston pendant dix ans, et donné des cours au MIT et à Harvard, il a obtenu un doctorat à l'université de Californie à San Diego. Son travail sur les héritages des hippies et des ingénieurs dans la construction du réseau a fait de son livre Aux sources de l'utopie numérique un classique de l'histoire de l'Internet.
« Aujourd'hui, les hippies ont vieilli et sont complètement sortis de l'industrie informatique, les yuppies prennent leur retraite, et les entrepreneurs de la Tech comme Elon Musk sont nombreux à quitter la Californie pour rejoindre le Texas. Le monde des technologies numériques a lui aussi largement évolué. Dans les années 1990, tous les acteurs, depuis les fabricants de modem jusqu'aux développeurs informatiques ne visaient qu'une seule chose : construire un réseau global. « Connexion » était le mot d'ordre du moment. Aujourd'hui, le World Wide Web est largement installé, les ordinateurs tiennent dans nos poches, et les investisseurs parient sur la transformation des données que nous générons en modèles et schémas pouvant être vendus au plus offrant. Le système d'interconnexion global construit dans les années 1990 a ainsi transformé le monde social en une ressource disponible pour la plus ancienne forme du capitalisme, l'extractivisme. Pour ce type d'activité, le Texas constitue une terre d'accueil idéale. »