La politique dans les réseaux
Pouvoirs et infrastructures numériques
De nombreuses interviews de Francesca Musiani autour de la souveraineté numérique et de l'Internet en Russie sont disponibles.
« La notion de gouvernance de l'Internet a évolué au fil des années. Étudier la gouvernance, c'est fouiller et examiner les "points de contrôle" invisibles qui peuplent Internet, et en déterminer les implications sociales, économiques et politiques. »
Internet, assemblage complexe de technologies, a pris une part considérable dans nos vies. Son infrastructure matérielle et logicielle est désormais un outil de gouvernance qui a des conséquences directes sur la liberté d'expression, sur les droits humains et sur la continuité et l'universalité de son fonctionnement.
En s'appuyant sur quinze années d'enquêtes informées par la sociologie des techniques et de l'innovation, cet ouvrage dévoile la « gouvernance de l'Internet par l'infrastructure ». Il fournit des clés de lecture et esquisse des futurs politiques du réseau des réseaux.
De l'Internet, nous utilisons principalement les applications (médias sociaux, messagerie, sites web, commerce...). Le fonctionnement et l'accès de ces applications dépendent d'une infrastructure complexe. Cet ouvrage permet de comprendre les implications de choix techno-politiques au niveau de cette infrastructure par des entités publiques ou commerciales, des développeurs et des législateurs. Il permet de comprendre les actions des États et des grands opérateurs, mais aussi les capacités de résistance liées à l'architecture même du réseau des réseaux. Indispensable pour prendre le recul nécessaire et concevoir le futur de l'Internet. Quand la recherche éclaire les choix politiques.
Francesca Musiani est directrice de recherche au CNRS, HDR en sociologie. Elle est directrice du Centre Internet et Société du CNRS. Elle est également directrice adjointe du réseau de recherche « Internet, IA et Société », chercheuse associée au Centre de sociologie de l'innovation (i3/Mines Paris - PSL) et Global Fellow auprès de l'Internet Governance Lab de l'American University à Washington, D.C.
Les travaux de Francesca Musiani portent sur la gouvernance de l'Internet, dans une perspective interdisciplinaire qui puise dans les sciences de l'information et de la communication, les science and technology studies (STS) et le droit international. Elle porte une attention particulière à la gouvernance « par l'architecture » et « par l'infrastructure ».
« Bien qu'ils soient difficiles à appréhender parce qu'ils sont intangibles et souvent invisibles pour les internautes, les protocoles contrôlent les flux mondiaux d'information, influencent la compétitivité économique des nations et leur capacité à rivaliser équitablement, et prennent souvent des décisions par « procuration » ou « délégation » qui influencent les libertés civiles en ligne et un certain nombre de droits individuels, y compris, par exemple, l'accès au savoir. »
« Les récents débats sur les fake news, la propagation organisée de la désinformation sur les réseaux, sont un exemple de cette privatisation de la gouvernance Internet : des plateformes telles que Facebook, Google et leurs homologues, puisqu'elles répondent à un souci commercial de personnalisation des informations, ont favorisé l'émergence d'une forme de propagande individualisée, qui s'incarne au coeur des architectures techniques et des algorithmes qui font circuler les informations et non plus dans les informations elles-mêmes. »
« Les infrastructures se réfèrent ici beaucoup moins à une technologie ou à un ensemble de technologies particulières, qu'à ces objets et pratiques qui assument une qualité ou une fonction infrastructurelle dans des circonstances spécifiques. Cette conception implique au moins deux conséquences : d'une part, le fait d'exercer du contrôle sur ces fonctions infrastructurelles fournit à certains acteurs le pouvoir et l'opportunité d'agir à leur avantage ; d'autre part, il n'y a que très rarement une seule manière de mettre en oeuvre ces fonctions ou un seul et unique acteur capable de les contrôler. Ainsi, les infrastructures de l'Internet sont politiques, contestables et contestées, cibles et instruments de gouvernance, objets d'intérêt d'une myriade d'acteurs ; des plus puissants et concentrés jusqu'à l'internaute lambda. Les infrastructures peuvent être comprises comme des lieux fondamentaux d'exercice du pouvoir économique et politique. La mise au jour de cet exercice de pouvoir, qui est souvent implicite et tenue au second plan, est cruciale pour révéler les conflits autour de ce qu'est une infrastructure, qui peut en bénéficier, ou bien la contester. »